Littérature I JEANNE
La sagesse, l’expérience, la volonté, l’envie et la rage de vivre invitent sans cesse Jeanne à profiter encore pleinement de la vie, malheureusement sa santé voit les choses autrement. Elle sent dans sa chair et dans son corps que la vie qui bat en elle s’essouffle peu à peu. Ses jambes qui autrefois la portait au bout du monde ont le charisme d’une pâte crue prête à se fendre au moindre geste trop brutal. La douleur est neutralisée par des médicaments toujours plus puissants et pourtant, elle ne cessera jamais d’avoir mal … Dans son corps, dans son cœur et dans sa tête. C’est bien trop tôt pour partir ; Je ne suis pas prête ! L’ainée de 4 enfants, Jeanne a toujours dû batailler ferme pour se faire une place au soleil. Fille d’un avocat brillant trop souvent absent et infidèle et d’une mère « femme enfant » fragile et instable, rapidement, elle s’est vu confier de lourdes responsabilités. Ce chapitre là de sa vie est de loin le moins heureux mais il n’en reste pas moins le plus décisif. Des souvenirs amers enfouis au plus profond vont faire d’elle une « adolescente aux cicatrices » et une femme au caractère bien trempé. Une femme, une épouse qui n’a que faire des convenances, des règles et des principes. Capable de nommer sans retenue et sans pudeur chaque sentiment et chaque émotion, elle choque avec ses certitudes, ses prises de position radicales et son regard corsé sur la vie. Selon elle, pour la plupart, la vie est un mauvais bal masqué ou chacun au dépit de son intégrité, de ses aspirations ou encore de ses envies préfère parfois arroser un jardin secret parfois immonde plutôt que d’assumer ses choix. Plus que tout, elle déteste l’injustice sous toute ses formes. A l’heure où nombre de ses connaissances, hommes ou femmes trouvent sens à leur vie surfaite en trompant leur conjoint, époux ou épouses, elle revendique l’authenticité pour prendre part au bonheur. A l’heure où certains délaissent femmes et enfants pour construire un empire, elle aspire à une forme de simplicité parfois insolente et inconsciente. Dans ses moments les plus sombres, elle déteste du plus profond de son âme ce que l’homme est capable d’accomplir dans les pires heures de l’histoire. Un tempérament rebelle et parfaitement assumé qui n’est pas en phase avec la réalité convenante de ses paires. Un bruit sourd sortit Jeanne de ses pensées. Une infirmière vêtue d’une blouse blanche délavée venait de forcer la lourde porte de sa chambre pour lui apporter son diner. Aujourd’hui, c’était Marina qui était à son service. Jeanne fut soulagée de la voir débarquer, c’était sa préférée. Sans doute une histoire de complicité ou de convergences dans les idées lors de chaque propos échangés. Pas plus grande que 3 pommes, Marina avait bien compris que sa taille ne serait jamais un atout de séduction féroce alors elle avait décidé de tout miser sur son look ; coloré, chic et légèrement sexy. Juste assez pour attirer la convoitise d’hommes respectables mais pas le regard obscène de quelques mâles en rut mal attentionnés. Ses cheveux étaient blonds vénitiens et toujours relevés. Cette dégaine lui conférait une allure parfois un peu « bobo » mais elle s’en foutait éperdument. Peu importe l’heure, le jour ou les saisons, Marina avait toujours sur son visage un sourire capable d’illuminer un crépuscule trop timide. Elle rayonnait même sans parler. Une forme de bienveillance solidement accroché à son regard qui était capable de panser malgré elle toutes les plaies de l’âme en même temps.
Caroline Leidgens
7/14/20261 min read
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