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Crans-Montana...

« Génération biberonnée au champagne », « Qui paie 1.000 CHF pour l’entrée de son enfant ? », « Comment ont-ils pu filmer alors que tant de jeunes étaient en détresse ? », « Génération d’égoïstes et d’inconscients… ».

Je n’ai pas encore séché mes larmes et lorsque je découvre tous ces commentaires, je me demande si je suis finalement à la bonne place et dans un monde qui me correspond. NOTRE génération à de quoi se remettre également en question. Certains reprochent un manque terrifiant de lucidité de ces jeunes et un égoïsme sans nom, d’autres préfèrent les caser dans une classe sociale privilégiée.

Je m’interroge ; pourquoi et en quoi est-ce important ?

Tous ces raccourcis, ces conclusions et ces stéréotypes faits à la hâte alors que certaines victimes ne sont même pas encore identifiées. Sérieusement, vous vous relisez parfois ? Vous pesez vos mots ? Comment peut-on passer aussi rapidement de la consternation à une analyse aussi froide ? Pour rappel, ces jeunes ne sont pas issus de la volonté divine, ils sont le produit de notre génération. NOUS, qui lors de soupers ou, au détour d’une banale conversation déplorons avec nostalgie et sans relâche, parfois même avec tristesse le monde « flippant » dans lequel nous les avons « mis » … Nous sommes nous même parfois, pour ne pas dire souvent, dépassés par les évènements. Il faudrait peut-être se demander avant de pointer du doigt sans nuance, ce que NOUS, nous avons fait ou pas fait pour éviter certaines dérives actuelles.

Sérieusement, vous avez vraiment l’impression de vous être battus comme des lions et des lionnes pour leur offrir des alternatives enviables ou un monde meilleur ? Quelles concessions avons-nous fait ? Notre présence à leurs côtés a-t-elle été optimale ou pris par les impératifs d’un boulot harassant et prenant nous avons parfois failli ? C’est précisément notre expérience, nos peurs, nos réussites, nos envies de changement, nos craintes et nos qualités qui doivent les guider, c’est NOTRE rôle et pas l’inverse ! Si nous en sommes arrivés à de telles extrémités c’est que nous avons aussi une part de responsabilité et que nous avons échoué. Un peu de nuance serait la bienvenue.

La fête du nouvel an, le lâcher-prise, l’effet de foule, l’alcool … autant de circonstances qui peuvent altérer certains réflexes. Réflexes qui nous semblent tellement légitimes lorsque confortablement assis dans notre canapé à 50 ans sans une variation même infime de notre taux d’adrénaline nous découvrons ces images effroyables dans un environnement serein dépourvu de bruit, de musique et de cris. Juger de telles circonstances dans de telles circonstances en affirmant le bon sens de ses paroles, c’est trop facile.

A lire certains commentaires, contrairement à cette jeunesse inconsciente, heureusement NOUS, nous avons au sein de notre génération un paquet de héros qui se seraient démarqués en sauvant des vies dans un cas pareil. On le voit tous les jours dans les médias hein ? Que d’entraides au quotidien, c’est fabuleux ! Cette solidarité dont nous sommes l’incarnation née en devient insolente tellement elle est présente. Allez sérieusement ! Qui peut se prévaloir d’avoir vécu une situation similaire à leur âge et d’avoir agi avec exemplarité, en cochant ainsi tous vos principes du "comment agir" ?

Jusqu’à preuve du contraire, ce sont NOS jeunes et ils comptaient sur nous ; ils auraient dû être protégés en évoluant dans un milieu sécurisé. Les survivants vont devoir vivre avec ce drame toute leur vie et nous, oh la belle, la sage et la courageuse génération ajoutons avec arrogance et mépris une croix à leur croix. Je ne sais pas finalement quelle génération est la plus à plaindre, ni même à quelle génération je préfère appartenir.

Que les étoiles brillent ici et là haut

THE BRIDGET EFFECT